136 personnes ont participé. 62 % ont confirmé son point...
Lire la SuiteIl y a quelques jours, une cliente a eu la bienveillance et le courage de poser une question que beaucoup se posent tout bas : pourquoi les tarifs d’un photographe professionnel sont-ils ce qu’ils sont ? Elle estimait, avec une franchise que j’ai trouvée précieuse, que les photographes n’étaient pas assez transparents sur le sujet. Son témoignage a résonné bien au-delà de ce que j’imaginais.
Alors j’ai organisé un vote sur Instagram.
136 personnes ont participé. 62 % ont confirmé son point de vue : vous souhaitez une transparence totale sur mes tarifs.
62 %. Ça, ça mérite une réponse sérieuse. Pas une réponse marketing dans laquelle je vous parle de mes titres de Portraitiste de France, d’European Photographer ou de mes années d’expérience pour vous faire briller les yeux. Une vraie réponse, chiffrée, honnête, et je l’espère, utile.
La voici.
Je pourrais habiller ce chiffre, le contextualiser d’emblée, l’entourer de précautions. Mais vous avez voté pour la transparence, alors allons-y directement.
Sur une séance facturée 600 €, mon revenu net réel — après charges sociales, impôts et frais de fonctionnement du studio est d’environ 135 €.
C’est le chiffre. Il est réel. Il va vous surprendre, peut-être vous choquer. Et dans les lignes qui suivent, je vais vous montrer exactement comment on passe de 600 € à 135 €, poste par poste, sans rien cacher.
22Dès qu’une facture est réglée, une partie part directement à l’URSSAF et au Trésor Public. Je suis entrepreneur individuel, c’est un régime simple et transparent : un pourcentage fixe du chiffre d’affaires, prélevé à chaque déclaration.
Sur 600 € :
Cotisations sociales URSSAF : 22% environ 132 € Ces cotisations financent mon assurance maladie, ma retraite de base et complémentaire, mes allocations familiales, ma couverture invalidité. C’est de la protection sociale différée pas de l’argent perdu.
Contribution à la formation professionnelle : 1 à 2 € Un petit prélèvement qui me donne droit à des formations financées. En photographie, rester à la pointe, c’est un impératif.
Impôt sur le revenu : variable selon la situation fiscale de 20 à 25%. L’État applique un abattement forfaitaire sur mes revenus (pour tenir compte des charges), puis impose le reste. Selon les années et ma situation, cela peut représenter une vingtaine d’euros ou davantage par vente.
Au total : environ 240 € reversés à l’État sur cette vente de 600 €.
Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous étonner : je verse ces charges avec sincérité. Je vis dans un pays qui m’a donné accès à des soins, à une éducation, à des routes, à des services publics. Un pays que j’aime, et qui me le rend bien. Contribuer à l’effort collectif à travers mes cotisations et mes impôts, ce n’est pas une contrainte, c’est une façon de participer à quelque chose de plus grand que mon studio. Je le fais volontiers.
360Après l’État, il reste environ 360 €. Et là, le studio entre en jeu.
Parce que le studio, lui, ne fait pas de vacances. Qu’il y ait deux séances cette semaine ou aucune, les factures arrivent. Voici ce que représente le fonctionnement mensuel de Studio B :
Le loyer Un espace professionnel, pensé pour que vous soyez à l’aise, lumière maîtrisée, espace suffisant pour que vos enfants puissent bouger, rire, être eux-mêmes. Ce n’est pas un coin d’appartement reconverti ou un garage. C’est un vrai studio.
L’électricité et l’eau Des charges incompressibles, d’autant que faire tourner des flashes professionnels Elinchrom toute la journée n’est pas anodin sur une facture EDF.
Les logiciels Capture One pour le développement des fichiers RAW, FotoStudio pour la gestion du studio et des clients, la suite Adobe pour la communication, les outils de sauvegarde imposé par le RGPD / CNIL (rien que ça c’est 5€ par mois par client), le site web, l’hébergement… La chaîne numérique d’un photographe professionnel, c’est une infrastructure mensuelle.
L’assurance professionnelle Matériel, responsabilité civile pro, protection des données de mes clients. Indispensable, non négociable.
L’amortissement du matériel Boîtiers, objectifs, flashs, flashmètre, fonds, accessoires de mise en scène, tout ce matériel a été acheté, s’use et doit être entretenu ou remplacé. On parle de plusieurs milliers d’euros d’équipement, dont le coût se lisse dans le temps mais existe bel et bien.
La formation et les concours professionnels Participer au concours du Portraitiste de France, décrocher le titre d’European Photographer, ça a un coût en temps, en déplacement, en préparation. C’est ce qui me permet de rester exigeant et de progresser chaque année.
Les déplacements Pour les mariages, les reportages en extérieur, les rendez-vous préparatoires : carburant, péages, parfois hébergement.
Sur une vente à 600 € au studio, la part de ces charges fixes représente environ 200 à 250 €.
Faisons l’addition :
Ce qui part | Montant |
|---|---|
Cotisations sociales + IR | ~ 240 € |
Part des charges fixes du studio | ~ 225 € |
Revenu net réel | ~ 135 € |
Et maintenant, la question du temps. Une séance de portrait ou de famille, ce n’est pas juste l’heure passée ensemble dans le studio. C’est aussi :
La préparation en amont : échanges, conseils sur les tenues, mise en place du studio
La séance elle-même : 1h30 environ avec vous
Le tri des images (plusieurs centaines de déclenchements)
Le développement et la retouche, image par image
La livraison, le suivi, la galerie en ligne
Comptez entre 6 et 10 heures de travail par séance. beaucoup plus pour un mariage.
Ramené à l’heure, le revenu net tourne autour de 20 à 30 € de l’heure. Vous connaissez beaucoup de professionnels qualifiés, avec dix ans d’expérience, deux titres de Portraitiste de France et un titre d’European Photographer, qui travaillent à ce tarif-là ?
Je ne vous dis pas ça pour me plaindre. Je vous le dis parce que vous avez demandé la vérité. Et la vérité, c’est que la photographie professionnelle est un métier d’amour, pas un métier de rentier.
Parce que dans dix ans, vos enfants auront changé.
Le regard de votre petite dernière aujourd’hui, cette façon qu’elle a de plisser les yeux quand elle rit, n’existera plus que dans votre mémoire et dans ces photos. Une image bien faite, c’est une capsule temporelle. C’est l’un des rares objets que vous transmettrez peut-être à vos petits-enfants.
C’est pour ça que je ne fais pas de compromis sur la qualité. Ni sur le matériel. Ni sur le temps de retouche. Ni sur la formation continue. Ce que vous investissez dans une séance, ce n’est pas une heure de studio, c’est des années d’expérience, une infrastructure sérieuse, et la certitude que dans longtemps, vous serez heureux d’avoir ces images-là.
62 % d’entre vous ont voulu cette transparence. J’espère que cet article vous a donné ce que vous cherchiez : non pas une justification, mais une explication. Honnête, complète, et j’espère, à la hauteur de la confiance que vous m’accordez chaque fois que vous poussez la porte de Studio B.
Si vous avez des questions, des réactions, ou simplement envie d’en parler les commentaires sont ouverts, et ma boîte mail aussi.
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